Patrimoine de l’Église à Lyon, acquisitions récentes (achats et dons d’artistes) en lien avec les expositions tenues sous la direction de Confluences / Résurgence(s)

Les œuvres de :
Claire ARTEMYZ ; Pierre CALLEWAERT : Jacques DIEUDONNÉ ; FAVRÈNE ; Roger GARIN ; Emmanuelle GRAND ; Andrzej HALADUDA ; Oleg LIGATCHEV ; Christophe MASSERON ; Michèle RADIX  ; STEP’ K

Claire ARTEMYZ 

Un, première Blessure (série Peccata mundi)

photographie argentique contre collée sur aluminium et présentée en caisse américaine – (10 tirages par photo + 2 épreuves d’artiste) 40 x 60cm// 2008

Quel est le propos de la série Peccata mundi et en définitive que faut-il y « voir » ?

Il s’agit d’une recherche photographique qui s’appuie sur l’image iconique de la chrétienté, la Crucifixion de Jésus. Le thème de la Passion est ici abordé d’une manière qui privilégie le détail : les Blessures Sacrées. Par un travail de mise en lumière du sujet à la recherche d’une profondeur qui se dérobe au regard habituel, les images s’adressent à la part la plus intime au fond de chacun. La sobriété des plans resserrés renforce le sentiment de solitude tel que prononcé sur la Croix dans ce cri : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Ici, le nécessaire déchiffrement des images, précède l’éloignement progressif des plans plus larges qui dévoilent finalement le sujet : un crucifix.

Claire ARTEMY, 9 quai de Bourbon 75004 Paris

courriel : claireldartemyz.com

Pierre CALLEWAERT 

Il est mon Fils bien aimé, huile sur toile, Polyptyque :

IL EST, 55 x 46cmMON FILS, 55 x 46cm ; BIEN AIMÉ, 46x55cm ; MON AMOUR, 55 x 46 cm // 2002

IL EST…
« Peindre : recouvrir de peinture la surface d’un support jusqu’à recouvrer le présent où la peinture fait surface », René Denizot.

J’ai peint IL EST, au présent.
Le titre de la BASA 2002 Présent me plaît, parce que le Christ est pour moi « présent » et dans un écrit qu’on appelle Bonne Nouvelle, et dans notre monde et notre temps.
Je peins non pas une œuvre d’art sacré, mais une peinture-peinture, une œuvre d’art, car je suis convaincu – et je me bats pour ma conviction – que l’ART EST SACRÉ.

Pierre CALLEWAERT – 13, rue Salengro 95230 SOISY-sous-Monmorency

Jacques DIEUDONNÉ

Autel ; laiton patiné ; 90 x 90cm//2011

Lorsque je pense au souffle, je me vois crapahutant dans la montagne, une centaine de mètres derrière mes jumeaux toujours prêts, à aller plus vite, plus loin, plus haut !
Je manque de souffle, c’est évident.
Le souffle, l’oxygène… C’est ce que je cherche à longueur de vie, ce qui me manque, ce que me donne Celui qui vient nous rejoindre chaque jour ! Celui qui, déjà le soir de Noël, vient à nous « dans l’étable de nos vies, le fumier de nos vies…» comme le dit si bien St Jérôme, celui qui nous guidera vers, nous donnera le Souffle de la vraie vie – passage de l’Esprit – qui transforme notre pauvre humanité.
Je cherche à vivre cela dans et à travers mon art – dans la matière que j’aime pour son aspect lumineux – mais aussi pour sa résistance : car c’est un combat qui demande de la connaître, cette matière !
Mais aussi de la respecter, afin d’être à même de lui impulser la vie de l’œuvre en gestation, le mystère de la vie qui nous est donnée, gratuitement.

Jacques DIEUDONNE, 1 Place des Jardins, 1290 Saint-Affrique-Les-montagnes

René FAVRE –  FAVRÈNE

La Cène, huile sur toile ; 160 x300cm // 1996

« L’année 1996 est marquée par l’émergence d’une réflexion philosophique de caractère religieux. Inquiétude eschatologique au sein du bonheur de vivre, qu’elle n’entame d’ailleurs pas, souvenir ému du père et désir de rendre un hommage à la foi sincère du disparu ?
II peint une Cène, une Nativité, une Pêche miraculeuse, un Jonas et la baleine, une Crucifixion, et dessine et pastellise d’autres scènes bibliques dont il traite les sujets adaptés à l’esprit et au cadre de notre temps. Malgré une apparence jugée profane par d’aucuns, sacrilège par d’autres, l’esprit du sacré souffle. (…) »
Charles Gourdin, « Favrène et la peinture de genre », Éditions Lion Six,2007

Ma peinture est une peinture populaire dans le sens qu’elle s’adresse à tout le monde. C’est une peinture narrative même si, en ce moment, je cherche à m’éloigner de l’anecdote pour que la peinture prenne le dessus. En effet, la peinture c’est avant tout de l’émotion par la couleur. Même si le métier de dessinateur a toute son importance, je cherche à trouver dans ma palette les vibrations colorées qui correspondent le mieux à ma personnalité. Arrivant vers la fin de mon parcours, il me semble que je sors de plus en plus de l’anecdote parce que, finalement, on ne peut pas dire grand-chose avec la peinture. Les écrivains en disent infiniment plus que nous. Mais, nous parlons avec la couleur. Une sensation, une émotion qui passe par les cinq sens du corps. J’ai besoin des couleurs chaudes pour les cerner ; je les accompagne de couleurs froides afin de leur rendre encore plus de chaleur.

René FAVRE –  FAVRÈNE, 21 rue de Bonnel, 69003 Lyon

Roger GARIN

Soleil de vie, technique mixte sur bois ; triptyque, évocation des grands tympans romans : croix brûlée d’ambre, croix brûlée pailletée, croix brûlée parfumée, 3 x (31 x 31cm) //2008

La partie centrale de ce triptyque évoque pleinement les églises romanes où se manifeste la gloire du Rédempteur. La croix n’est plus l’instrument de la mise à mort. Elle est le trophée de la victoire, traversée d’Esprit Saint.
Lumière qui illumine nos obscurités. D’où ce beau poème que Roger Garin place à côté de son œuvre en l’église Saint-Polycarpe :

Qui es-tu, douce lumière qui m’inondes
Et illumines l’obscurité de mon cœur ?
Tu me conduis par la main comme une mère,
Et si tu me lâchais, je ne saurais faire un pas de plus.
Tu es l’espace qui enveloppe mon être et le garde en lui,
Abandonné de Toi, il tomberait dans l’abîme du néant
Dont tu me tiras pour m’élever à la lumière.
Toi, plus proche de moi que je suis moi-même,
Plus intérieur que mon être le plus intime
Et pourtant insaisissable et inouï.
Surpassant tout nom :
Esprit Saint, Amour éternel.
Edith Stein, prière à l’Esprit Saint

Roger GARIN, 67 Avenue du coin du bois, 78120 Rambouillet

Emmanuelle GRAND

Le Semeur, peinture sur bois ; triptyque 3x(80 x 240cm) // 2011

« Le semeur sortit pour semer sa semence. Et tandis qu’il semait, il en tomba au bord du chemin ; et elle fut piétinée, et les oiseaux du ciel la mangèrent. Il en tomba aussi sur la pierre ; et quand elle eut poussé, elle sécha, ne trouvant pas d’humidité. Il en tomba au milieu des épines ; et les épines qui poussaient avec elle l’étouffèrent. Il en tomba dans la bonne terre ; et, quand elle eut poussé, elle donna du fruit au centuple. » Luc 8/5-8
Il surveille le souffle du vent.
Le souffle peut être ressenti sans pourtant pouvoir être vu, en tendu ou touché. Le souffle est expérimenté grâce à ce que met en mouvement sa présence. Le mouvement des poumons et l’oxygénation du sang au rythme de la respiration, la danse et le chant des feuillages du bouleau dans le vent, l’ouverture du coeur traversé par la beauté ou la grâce. Le souffle trace le fil d’une présence invisible. Il fait le lien entre des univers multiples. On le ressent telle une trame traversant toutes formes de vie, les espaces qui les séparent et en même temps les unit : une trame éternelle renouvelée à l’infini. Le souffle qui partout anime l’univers est comme cette multitude de graines qui, dans la parabole du semeur, se répandent dans les sillons de la terre. Terre aride, terre fertile ? Se pose à chacun d’entre nous la question de la relation que l’on établit et entretient avec cette présence invisible.

Emmanuelle GRAND, 10 place Charles de Gaulle, 21160 Couchey
tel : 06 50 44 63 33 courriel : emmanuelle.grand(3atelierdurelais.com

Andrzej HALADUDA

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? : photographie couleur 34,5 x 23,5cm//2009

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? »

Une tête d’un homme dans un bocal, sa découpe anatomique fait apparaître différents organes : langue, dents, artères… Avec son œil gauche, ouvert, mais mort, cet homme « regarde » vers le haut. Ce « spécimen » d’une étude médicale du Musée Orfila Delmas à l’Institut d’Anatomie à Paris choisi pour mon Traité sur les notions-clés de la culture et de la civilisation parisiennes m’a inspiré pour réaliser une série autonome titrée : « Ecce homo ».
Pendant de multiples prises de vue, il est devenu évident pour moi que la souffrance émanant de ce visage et de ce corps illustre non seulement le sort humain mais, en même temps, par le biais de sa ressemblance aux représentations du Christ, évoque le moment particulier de sa crucifixion, le moment de doute envers Son Père, envers Dieu le Père, notre Père : «…Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? » Je crois que ce doute exprimé au sein de Sa souffrance inimaginable et indescriptible est un cri au secours, la plainte et la prière envers Son Père. Il est la manifestation même de Sa filiation, de Sa reconnaissance de Son Père.
Et en même temps sur le plan humain, le Sien et le nôtre, ce doute atteste aussi la filiation, la Sienne et la nôtre, entre le Fils et le Père, entre les fils et les pères.

Andrzej HALADUDA, 9 Vogel Lane, Staten Island, 10 314 New York

Oleg LIAGATCHE

L’Ascension – L’Avènement ; acrylique sur toile, Diptyque : 2 x 146 x 97cm) //2009

L’Ascension :
Ce n’est pas « Crucifixion », c’est « l’Ascension », le dépassement de la croix. Elle entre dans la vie comme un arbre et reflète les couleurs et la lumière (le noir, c’est le symbole du deuil et du malheur) ; les éléments constituent la chair divine, le corps du Christ et lui confèrent une invulnérabilité, la solidité du cristal : c’est l’émergence d’une construction.
L’homme qui reçoit cette construction et qui la fait sienne (c’est-à- dire l’homme croyant) devient un défenseur et un découvreur.
Le monde extérieur est attiré par le corps du Christ et en reçoit les vibrations. Tout revêt un sens, tout a un but précis.

L’avènement, c’est avant tout la rencontre avec l’espace bien organisé et armé jusqu’aux dents (c’est-à-dire avec le corps de nature différente).
C’est l’énergie de l’Esprit Saint au stade ultime avec toutes ses possibilités.
Mais le Logos, c’est-à-dire le Christ, n’est pas qu’un défenseur, il est également accessible, il est simple ; il peut pénétrer partout, et inlassablement porter son esprit évangélisateur et sa foi inaltérable pour la reconstruction de tout, en particulier l’écorce protectrice de cet autre qu’est l’homme. Le chromatisme et la dynamique des méta-Eléments, remplissant la silhouette intérieure du corps du Christ, contrastent avec le caractère épique, monotone et uniforme de l’espace environnemental du monde extérieur.

Oleg LIAGATCHEV, Atelier 143, 13, rue de Châtillon, 92170 Vanves

Christophe MASSERON

Christ en Gloire ; huile et résine d’acrylate sur toile, triptyque : 100 X 228cm//2015

Crucifixion ; huile et résine d’acrylate sur toile, triptyque : 100 X 228cm//2013

Demain 

Mon œuvre répond au sujet imposé Demain car j’aborde le thème du Christ en gloire. représentation de Jésus dans son corps glorieux par opposition aux illustrations plus humaines tel qu’on le retrouve dans la passion ou la crucifixion ; mais ne souhaitant pas aborder ce sujet au sens classique (par exemple en usant de l’iconographie byzantine répandue qui montre le Christ « Pantocrator » en buste tenant le livre des Saintes Ecritures et invitant à la vie éternelle par un geste d’enseignement codifié) je me suis inspiré de la représentation qu’en ont fait les artistes à partir du quinzième siècle où de nouveaux canons esthétiques sont utilisés.
Ainsi le Christ est peint, s’élevant dans les airs après la sortie du sépulcre comme sous l’effet d’une libération d’énergie : c’est une préfiguration de l’ascension.
Le Christ, vu en contre-plongée, est littéralement « aspiré » par une force divine : la lumière qui l’entoure rappelle la Transfiguration sur le mont Thabor, traité avec une palette colorée (les couleurs de l’arc-en-ciel symbolisent l’alliance entre Dieu et les hommes] le ciel s’oppose au noir du monde des péchés.
Le Christ tient l’étendard blanc frappé de la croix rouge qui symbolise la résurrection, le triomphe face à la mort. Le tombeau, discret, en bas à gauche est vide : point de soldat gardant le sépulcre pour éviter toutes tentatives d’enlèvement du corps ; je désirais que le spectateur soit, dès le premier regard, comme immergé dans les cieux et pris dans le dynamisme et le mouvement des nuages.
Ce sujet représente pour moi une métaphore de ce qu’est l’art, une pratique transcendante qui « élève et qui enlève » afin de pouvoir rejoindre un espace spirituel, peut-être celui de l’immensité de Dieu.

Christophe MASSERON, 21, rue Richarme 42800 Rive de gier

Michèle RADIX 

Le Chant du Souffle ; acrylique sur toile 219 x 107cm//2011

Le Souffle vital qui tout embrase et tout embrasse, le Nephesh de la Genèse à la triple racine hébraïque signifiant mouvement vers l’intérieur, vers l’extérieur et principe du feu a été « l’inspiration » de la composition de l’oeuvre en triptyque. Mystérieuse et subtile énergie qui, s’unissant à la matière l’anime, et dont la respiration semble être l’écho, l’apparente manifestation. Les toiles latérales dans une fausse symétrie sont l’inspire qui, transmuté en sublime insufflation et recueilli dans le cœur, toile centrale, devient espace de lumière vibrante, union dans la joie, présence. Alors, dans cet état de conscience ravivée et libre, l’expire peut se faire offrande dans une dynamique verticale qui s’élève comme la musique d’un grand orgue, puissante mélodie qui chante un hymne à la Vie, au sacré, et, quels qu’en soient les sons, les noms et les formes, est en essence paix et joie. Le Souffle en sa toute transparence et subtile imprégnation du corps est transcrit sur la toile par la légèreté des glacis successifs sans aucune matière et la force de l’énergie créatrice par l’intensité de la couleur rouge dominante et une composition de structure, rigoureuse.

Michèle RADIX, La Barnaudière 71340 Fleury la Montagne

STEP’ K Stéphane Thomas

Pietà ; technique mixte sur papier marouflé sur bois, 100 x 100cm//2013

Je travaille beaucoup sur la peinture dite religieuse d’après la  Pietà de  Michel-Ange ; j’aime me dire que les personnages ne sont pas « lisses », mais plutôt empreints d’humanité. En tout cas je me sens expressionniste.
En 2013 j’ai exposé pour la Basa sur le thème de la fragilité. Pour moi, fragile, c’est être entre la vie et la mort ; un fragile, c’est quelque chose qui peut disparaître. On est dans le fait de survivre et l’œuvre la Pietà représente cela. Elle montre notre humaine fragilité alors que l’on se trouve amoureusement entouré. Je pense que l’on a un grand besoin d’être entouré. On a un grand besoin de ne pas être tout seul et le visage mère-fils est l’image universelle de quelque chose de très fort entre deux personnes. Le corps de celui qui est parti est tenu par quelqu’un qui demeure à son chevet. Là, il y a l’amour de la filiation, mais le thème est super universel.
L’homme [l’humain] qui est tombé est le résultat de la fragilité. Il est heureux que quelqu’un soit là pour le recevoir. Même quand il s’agit d’un inconnu qui est dans la rue. Ce passant qui tient la tête de l’abattu est une espèce d’ange qui dit « courage, tu as comme une traversée du désert à accomplir, mais on est là aussi pour t’aider. Dans le constat de la fragilité il y a un message d’espoir».
Mes peintures sont engagées. Dans l’espoir suggéré je montre qu’il faut prendre son destin en main et être aussi accompagné.
Ma peinture est sacrée car elle montre l’essentiel de l’Homme. Je suis agnostique. J’ai le cul entre deux chaises. Je suis en même temps athée et croyant. Tous ces états se retrouvent dans ma peinture. Même quand en est très fervent dans la foi on peut, en même temps aussi, détester la croyance ; même si c’est une réalité qui nous tient à cœur.
Je suis humain, ma peinture en est le reflet ; elle montre ces trois états : agnostique, croyant, athée. Ma peinture est biblique, elle en développe donc l’aspect social. A travers ce message religieux j’y mets quelque chose de social.