BASA 2015, Lyon, Saint-Polycarpe,

cahier de charges

Le dossier de candidature doit nous parvenir en format A4, support papier

Appel à candidature

L’association Confluences-Polycarpe, avec le partenariat du service d’Eglise Arts, cultures et foi (ACF) du diocèse de Lyon, organise la onzième Biennale d’Art Sacré Actuel (BASA) qui aura lieu de septembre à décembre 2017 sur Lyon.

Confluences-Polycarpe souhaite ouvrir des lieux de contemplations, de partage, de vie et favoriser l’accès à un art délibérément ouvert à la dimension spirituelle de la personne humaine.

Thème de la BASA 2017 : PROFOND RETOURNEMENT

Sujet : « Retournement » fait partie de ces mots qui disent aussi bien le visible que l’invisible. A quel retournement suis-je ou sommes-nous appelés ? Que retourner ? Une profondeur à explorer mais aussi une profondeur sans laquelle il n’y a pas d’exploration.

Public concerné : Artistes professionnels et amateurs confirmés

Organisateur : Confluences-polycarpe

Cahier des charges : voir fichier joint

Dates : Dossier à remettre avant le 30 septembre 2016

Contact : Franck Castany – fcastany@free.fr

• PROFOND RETOURNEMENT

Associer « profond » à « retournement » sous-entend qu’il existe un ou des retournements qui ne sont pas profonds. Un discernement commence.

À quel retournement sommes-nous appelés ?

Se retourner – retourner vers
Repérons tout d’abord les différents usages de ce mouvement. Se retourner sans arrêt sur un passé douloureux, se retourner pour apprendre de ceux qui ont vécu avant nous. On a tous dans le corps le geste de se retourner. Un bruit dans notre dos, nous nous retournons pour l’associer à une image et calmer notre peur de l’inconnu. Ensuite, « retourner », plus qu’un geste, nous oriente vers un lieu. Nous retournons au chalet de notre enfance. Quand on est chrétien, on aspire à retourner au Père. Retourner prend alors le sens de revenir après s’être écarté pour toutes les raisons de la vie.

Retourné !
« Retournement » fait partie de ces mots qui disent aussi bien le visible que l’invisible. Ainsi, l’expression « j’en suis tout retourné ! » exprime un déplacement intérieur suite à un évènement plus ou moins identifié ; mais nous ne sommes pas dans nos entrailles pour voir. Nous consentons à ne pas voir ce que pourtant nous sentons. Nous sommes d’autant plus bouleversés qu’un phénomène a littéralement « lieu » dont nous ne ressentons peut-être que la déflagration.

Conversion
Le mot « conversion » est parfois traduit par « retournement », en traduction du grec metanoia. Passer d’une chose à l’autre, changer de vue. Transformer, changer quelque chose en soi et remarquer combien cela affecte tous les aspects de notre quotidien. Nous ne pouvons plus penser, agir, respirer comme avant.

Retournement peut donc faire référence à un moment précis de notre existence, marqué par un avant et un après. Pour autant, « retourner » ne s’inscrit-il pas aussi dans la durée ? Ainsi, après bien des années, « je relis » une tranche de vie et je peux sentir que mes actes et mes paroles se sont mis au service d’un long retournement. Cette vision serait peut-être plus respectueuse de l’être humain qui ne change pas du jour au lendemain. Et pourtant, je reste disponible à la rencontre impromptue qui retourne sec.

Retourner pour
De manière plus triviale, « retourner » renvoie également à l’action sur un objet. Ainsi, je retourne un objet que j’ai reçu, mais qui ne me satisfait pas. Je peux aussi retourner une crêpe ou une cassette audio.

Transformer la matière ne résume pas la démarche artistique. Le geste qui consiste à retourner un objet pour le détourner de son usage habituel peut devenir artistique. Le mot « art » perd alors toute sa superbe romantique pour signifier ce qui donne à voir qu’une chose est en réalité plus qu’elle est. L’art révèle ainsi la profonde visibilité de chaque chose. Ainsi Roue de bicyclette de Marcel Duchamp évacue un peu de la génialité de l’artiste pour en faire un serviteur de la visibilité.

« La Roue de Bicyclette est mon premier readymade, à tel point que ça ne s’appelait même pas un readymade. Voir cette roue tourner était très apaisant, très réconfortant, c’était une ouverture sur autre chose que la vie quotidienne. J’aimais l’idée d’avoir une roue de bicyclette dans mon atelier. J’aimais la regarder comme j’aime regarder le mouvement d’un feu de cheminée. » Marcel Duchamp

C’est un retour au geste de l’artiste, voire celui de l’artisan, qui ressurgit dans le regard porté sur une œuvre. Elle donne à voir l’artiste en son corps regardant, gestuant, pour créer. Une certaine humilité transparaît ici, lointaine parente de celle des artistes médiévaux, même si Duchamp n’a pas connu leur anonymat.

Ainsi, pour reprendre notre idée de discernement, l’art, au lieu d’accaparer, reconduit le regard hors de l’art, mais le regard lesté d’une plus grande attention. Robert Filliou l’exprime très bien en disant : « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ». Je n’admire en rien la roue de Duchamp, et pourtant elle me donne à voir au-delà de la roue du vélo dont je me sers chaque jour. Au-delà ou plus pleinement.

Dans ce cadre de pensée, j’associe « retournement » à « économie de moyen ». Simplement retourner pour voir différemment.

La sagesse taoïste est à cet égard éclairante :

S’accrocher à la connaissance exclusive d’une chose mais ignorer que celle-ci est identique aux autres choses, cela s’appelle le conte intitulé « Trois le matin ». Quel est ce conte ? Un éleveur de singes distribuait des glands aux singes en leur disant « je vous donnerai trois glands le matin et quatre le soir, qu’en pensez-vous ? Tous les singes se mirent en colère. Je vous en donnerai quatre le matin et trois le soir, qu’en pensez-vous ? Tous les singes furent enchantés. Il n’y avait en réalité rien de changé. Mais la première proposition avait provoqué la colère et la seconde la joie. L’éleveur avait su s’adapter à la nature des singes. (Extrait du Tao-Te-King de Lao Tseu)

Donner à voir ou sentir différemment : n’est-ce pas le principal leitmotiv qui anime l’artiste ?

Un chrétien vit déjà de cette dynamique. Un homme cloué sur une croix est plus qu’un homme cloué sur une croix. Il est le Verbe de Dieu fait chair qui a donné sa vie. Mort, il est ressuscité. Il reviendra. Les premiers chrétiens virent dans l’instrument du supplice le signe éloquent de la résurrection de Jésus-Christ, relèvement d’une humanité en Lui. Leur démarche croyante leur a permis de retourner le signe de mort en signe glorieux. Les générations suivantes ont cherché un équilibre entre ces deux réalités, chacune exprimant une part de la vérité chrétienne. En ce sens le symbole est le fruit d’un retournement.

Un retournement extérieur peut appeler un retournement intérieur et vice versa ; telle est aussi l’un des principaux ressorts de la démarche artistique et religieuse.

Profond
Le mot « profond » sert alors de lumière sur ce chemin de retournement. Je me surprends à constater toute la profondeur que ce mouvement dévoile. Je ressens un certain vertige alors que le sol se dérobe sous mes pieds. La profondeur m’appelle à lâcher la prétention de tout voir puisque tout est à explorer. J’apprends à traverser tous les masques de ma vie pour gagner le visage essentiel, profond.

« Quand la masse de l’eau n’est pas profonde, elle n’a pas la force de soutenir un grand bateau. Renverser une tasse d’eau dans un terre-plein et pressez en guise de bateau un brin d’herbe, celui-ci flottera. Mais essayez d’y faire flotter la tasse, elle collera au fond car l’eau est peu profonde et le vaisseau trop grand »  Tshouang-Tseu.

Une profondeur à explorer mais aussi une profondeur sans laquelle je ne peux pas explorer.

Notre retournement

A quel retournement sommes-nous appelés ? Le retournement nous apparaît le plus souvent comme un phénomène individuel, très localisé dans le temps et l’espace. Peut-être pouvons-nous retourner ce point de vue pour apprécier les grands retournements collectifs qui ont fait l’histoire de l’humanité. Un exemple parmi d’autres : la pensée d’un créateur de l’univers, déjà présent dans la philosophie antique, a libéré les hommes de la tutelle des astres, leur permettant dorénavant d’observer et d’étudier leur mouvement sans une crainte de représailles. Ces retournements sont le fruit de mouvements collectifs diffus dans le temps et l’espace. Où sont aujourd’hui les lieux pour sentir et les mots pour dire ensemble le profond retournement qui se prépare ?

Enfin, il ne serait pas incongru d’évoquer des questions qui nous occupent aujourd’hui, nous, hommes et femmes du XXIe siècle, comme l’écologie. Des spécialistes expriment la nécessité d’un changement de « paradigme », expression qui dissimule tant bien que mal une inquiétude, non une résignation. Ils en appellent à la responsabilité des dirigeants mais également de chacun. Si nous souhaitons vivre un profond retournement, nous avons en effet tout intérêt à soigner l’espace qui le permet.